VillesInterview de Thomas Peignard : Episode 2 du Podcast Vélo
8 juillet 2022

Interview de Thomas Peignard : Episode 2 du Podcast Vélo

Par Florence Orsini
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Thomas Peignard, Directeur des Mobilités de la Communauté d’Agglomération d’Epinal, partage la précieuse expérience d’un territoire rural, territoire qui a su mettre (avec succès !) le vélo au centre de sa politique de mobilité.

Découvrez les conseils d'un territoire peu dense, composé de 70 communes, principalement des villages, autour d’une ville centre d’environ 30 000 habitants, Epinal.

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Un parcours atypique, une conviction personnelle

Thomas Peignard, géographe de formation, a toujours eu la mobilité au corps. Et promouvoir les mobilités alternatives il y a 20 ans, ce n’était pas gagné !

Stagiaire dans un bureau d’étude en 2001, il s’est heurté à un mur quand il a dû mettre en avant la pratique du covoiturage :

“Il fallait appeler des personnes qui faisaient leur trajet domicile-travail en voiture, et leur demander de faire du covoiturage. Et à ce moment-là, c’était “niet”. (..) Quand j’y pense, c’était une autre époque.”

Passionné de service public, il poursuit son parcours dans la mobilité et travaille pendant 10 ans pour la Communauté de Communes du bassin de Pompey, en Lorraine.

Et c’est en 2017 qu’il arrive à Epinal, à un moment charnière dans la définition de la politique de mobilité du territoire. Sa mission était d’élaborer une stratégie de mobilité inclusive sur le long terme :

“Ce qu’on a m’a dit très clairement, c’est que l’ensemble du territoire devait profiter des nouveaux services qu’on développerait. J’ai trouvé que c’était un beau défi.”

Aujourd’hui, il est à la tête d’une équipe mobilité de 10 personnes destinée à grandir de moitié à court terme. Cette équipe guide l’ensemble des communes dans la construction d’un système de transports cohérent et performant. Et voici comment cela a été rendu possible.

Les 5 étapes pour lancer votre système de vélo en libre-service

Le vélo en zone peu dense ? Défi relevé

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Un système de vélos en libre-service est lancé par la communauté d'Agglomération d’Epinal en juillet 2021, afin d'adresser d’autres usages, et de jouer sur l’effet démultiplicateur : “Avec 150 vélos, on peut avoir 8000 utilisateurs”.

C’est un pari gagné, puisque la population a été séduite : “On a 150 nouveaux utilisateurs chaque semaine”.

Alors quelle est le secret d'un système de vélos en libre-service qui marche ? A défaut de nous donner une recette toute faite, Thomas Peignard revient sur 3 points fondamentaux.

1) Des aménagements cyclables simplifiés

A Epinal, en parallèle du lancement du service de vélos en libre-service, le sujet des aménagements cyclables a bien sûr été abordé.

Construire des pistes cyclables est très vite devenu effrayant pour les communes associées. “Le budget était juste immense”, déclare Thomas Peignard.
Avec un projet initial de 150 km de pistes, qui s'annonçait long et coûteux, le moral des maires était au plus bas.

Mais grâce à des conseils d’experts, dont Sonia Lavadinho, le territoire a revu sa copie pour faire un virage à 180 degrés :

La piste cyclable est un modèle dépassé

La décision a été prise de prioriser les piétons et les cyclistes sur certaines rues, plutôt que de chercher à leur accorder une petite place via une piste cyclable.

On a lancé le défi aux maires de dédier certaines de leurs routes aux vélos et aux piétons

Et les maires ont répondu présents, ce qui a permis de construire petit à petit un réseau cyclable à moindre coût, en exploitant l’immense patrimoine routier dont chacun disposait déjà.

Il y aura forcément des pistes cyclables à faire, mais pas pour des kilomètres de linéaire comme nous l’avions imaginé

Des coûts évités, avec un budget infrastructure qui sera donc réservé à des sujets cruciaux, comme par exemple l'aménagement des intersections ou des continuités cyclables.

Les financements publics pour votre politique cyclable

2) Un service facile à mettre en place

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Pour lancer rapidement et simplement un système de vélos en libre-service, Thomas Peignard met l’accent sur le choix du matériel.

Avec Fifteen, il a trouvé un fournisseur de stations légères, qui nécessitent moins de travaux et dont le coût d’installation est plus bas.

Et qui dit facile à installer, dit facile à déplacer :

Comme les travaux sont légers, on peut ajuster les positionnements (...) on a le droit de tester des implantations et de changer d’avis.

Un avantage dans le cadre du lancement d’un nouveau service, moment où il est nécessaire de de prendre des décisions contestées, dont le choix de la localisation des stations fait partie.

3) Le choix de la gestion en régie

Epinal a fait le choix de se charger de la gestion opérationnelle du service, en régie.

Sans conseiller à tous les territoires de se lancer dans la gestion en propre d’un service de location de vélo, il en souligne les avantages :

Grâce à la régie, on sait apporter des solutions rapides

Il précise aussi que ce sont des métiers qui n’existent pas, ou peu, même chez les opérateurs de transport. Aujourd’hui, le service emploie 3 personnes à temps plein, et chacun a dû faire preuve d’humilité "On a beaucoup appris en faisant”.

Les défis étaient nombreux, notamment du côté de la disponibilité des pièces détachées et des connaissances pour réparer tout type de panne. 

Il est nécessaire d’être bien entouré, notamment de son fournisseur :

Il y a une interaction quotidienne avec Fifteen, on est très liés dans notre fonctionnement quotidien

Quel futur pour le vélo à Epinal ?

La dynamique n’est pas prête de s’enrayer, puisque depuis la diffusion du podcast, la flotte de vélos en libre-service est passée de 150 à 250 vélos, et cela est voué à augmenter : “Je ne compte plus le nombre de demandes de maires de communes rurales qui veulent leur station Vilvolt”

Et ce service, il ne le voit pas comme une finalité, mais comme un investissement pour la culture du vélo :

Il ne faut pas oublier que le vélo en libre-service est un outil au service du développement de la pratique du vélo sur un territoire

Une population remise en selle, ce sont des administrés qui vont, par exemple, acheter leur propre vélo, avec à la clé une pratique du vélo plus intensive, et donc des aménagements cyclables rentabilisés.

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